Nadja

Nadja, tu as trente ans aujourd'hui et tu pleures

Une fumée âcre noircit les carreaux
de la fenêtre de ta chambre d'exilée
et les flammes du village pilonné
incendient encore tes yeux douloureux

Dans ton ventre, à chaque heure,
une horloge lugubre rappelle
les coups de ton père ivre,
les coups des soudards de là-bas,
et les coups de l'homme d'ici
chez qui tu as cru trouver la paix

Nadja, tu as trente ans aujourd'hui et tu as mal

Sur la table de nuit
le ruisseau de tes larmes
ne parvient pas à emporter ta douleur
Et tu attends que ton sang,
goutte après goutte, sur le plancher,
te vide de ton passé
 

Certes, le chant des mésanges
ne couvrira jamais
les cris de la femme violée
et l'eau fraîche de la fontaine
ne lavera pas
la bave des soldats

Pourtant, l'herbe douce
repousse sur le champ brûlé
Un jour, tu pourrais marcher à pieds nus
dans le sable blanc
sous les saules

Laisser le soleil d'avril
caresser tes épaules meurtries
et la sauge de mai
apaiser tes lèvres tuméfiées

T'asseoir sous le tilleul,
écouter le choeur des grillons
dans le silence du soir
te parler d'un homme tendre
qui te réconciliera avec le monde